Hommage à un marin

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Le 2 février 2013 s’éteignait mon Parrain.

Ci-dessous l’hommage que j’avais prononcé lors de ses funérailles.

 

Parrain, chez nous on t’appelait tous les trois Parrain.

Tonton Louis, pour les plus jeunes tu étais tonton Louis.

Louis, pour tes sœurs, ton frère, et pour tes nombreux amis, collègues tu étais simplement Louis.

Nous sommes ici réunis pour te souhaiter bon voyage. Depuis le temps, que tu faisais partie de notre vie nous te croyions indestructible, et pourtant…

Et pourtant, samedi dernier après avoir échangé quelques mots, alors que tu t’étais assoupi j’ai noté les mots de notre échange de peur de les oublier et je terminais par ceci : “…Je pense que maintenant les mots sont inutiles, je crains qu’on vient de se dire adieu”. Il était 15 heures je venais d’entendre tes dernières paroles.

Un peu plus tôt en me voyant penché sur toi, d’une voix puissante, qui m’a un peu surpris, tu m’as lancé un “Ké novel”. Je pouvais voir cette lumière dans tes yeux et un sourire qui montraient que tu étais content de me voir.

En fait on était toujours content de se voir. Et je suis sûr qu’il en est de même pour la plupart d’entre nous ici. Chacun a le souvenir de bons moments passés avec toi. Je ne peux évidemment que parler de ceux que j’ai moi-même vécu. Je suis sûr que tous ici présents se souviennent aussi de bons moments passés avec toi.

Je me souviens de ces réunions de famille ou avec papa vous passiez des heures à discuter de motos ou de voitures. Maintenant que vous allez vous retrouver la haut je suis sûr que vous allez à nouveau passer de bons moments tous les deux. Je vous vois déjà rire ensemble de ce vendeur au salon de l’auto qui n’a jamais compris pourquoi il a un jour trouvé un sac de croûtes de pain dans une de ses caravanes.

Vous discutiez auto et moto, mais toi tu étais plutôt moto. La moto c’était une de tes passions. Pour te déplacer évidemment mais aussi pour le sport, en compétition et à en juger par les médailles, les diplômes et les coupes, tu ne faisais rien à moitié.

Tu étais un grand sportif, c’est vrai. Il y avait eu le vélo avec tes cousins pour relier Liège à Bruges. Et le sport c’était aussi l’eau, la plongée, la natation. C’est à toi que nous devons d’avoir appris à nager. En vacances chez toi, çà a été tous les jours à la piscine de la Sauvegnière et comme entraîneur tu étais exigeant. On rentrait éreintés mais à la fin de ces vacances on savait nager. Tu étais exigeant mais tu obtenais des résultats.

Je suis convaincu que ceux qui t’ont connu comme entraîneur de tir, ton autre sport passion, pourront témoigner de cette exigence et aussi de la rigueur que tu mettais dans ce que tu faisais.

Cette rigueur tu la mettais certainement également dans ton boulot. Comme cheminot, dans ta cabine à Kinkempois, les trains étaient en de bonnes mains. Et tu connaissait bien les chemins de fer et le matériel. Il y a à peine 2 mois tu m’expliquais encore les indications que l’on trouve sur les wagons.

Je me souviens quand nous étions jeunes, papa nous avait emmené sur les hauteurs de Kinkempois pour nous montrer la cabine ou tu travaillait. Et subitement, les haut-parleurs de la gare se sont mis à émettre “allo allo 1 2 3 allo allo 1 2 3 test test Salut Léon…”. Sacré Parrain la rigueur du règlement, oui, mais quand même le moyen de passer un message en prétextant un test des haut-parleurs !

Samedi passé tu me demandais de t’aider à te tourner parce que tes jambes te faisaient souffrir. Tu as eu à souffrir dans ta vie et la vie ne t’avait pas épargné. Comme prisonnier de guerre tu as connu les camps, tu y a souffert et tu en es revenu en mauvais état. Tu t’en es sorti. A moto, une camionnette t’a expédié à l’hôpital. Tu t’en es sorti. Tu étais costaud. Mais cette fois tu menais ton dernier combat.

Et alors que tu souffrais, tu m’as demandé “Et chez toi, tout va bien”. C’est le comble, tu étais là, à souffrir et tu t’inquiétais de savoir si tout allait bien chez moi., c’est bien toi çà. On s’est regardés, je t’ai dit oui, tout allait bien, tu m’as serré la main et tu t’es assoupi l’air tranquille. C’est alors que je décidais de noter ces instants pour m’en souvenir plus tard, parce que j’avais compris que c’était un adieu.

Il y a encore bien des choses à raconter sur ta vie. Mais je me limiterai à un dernier aspect. J’ai évoqué le frère, l’ami, l’oncle, le parrain, le motard, le tireur, le plongeur, le cheminot, j’aurais pu aussi parler du cuisinier mais c’est sur ton rêve d’enfant que je terminerai. Jeune à Bruges tu rêvais de devenir marin. Marin professionnel. Alors tu n’es peut-être pas devenu marin professionnel, mais marin tu étais. Tu as navigué sur toutes sortes de bateaux.Tu en connaissais un bout sur la navigation. Même tes voisins m’ont rapporté hier, que tu leur en parlais avec enthousiasme. En 2005 nous avons encore navigué ensemble. Nous partagions la même passion.

Maintenant tu es sur le point de larguer les amarres pour aller découvrir de nouveaux horizons. Tu vas nous manquer. Parrain, tu me manques déjà.

Bon vent à toi.